Les cabinets s’engagent

Les métiers du chiffre ne font pas exception à la RSE et sont appelés à jouer un rôle crucial dans la promotion et la mise en œuvre de pratiques durables, à la fois pour leurs clients mais également en interne. De la prise de conscience à l’exemplarité, il est impératif pour ces cabinets d’embarquer leurs équipes dans cette démarche afin de maximiser leur impact.

De la récente prise de conscience à l’engagement dans l’amélioration continue

L’un des premiers domaines où les experts comptables et commissaires aux comptes peuvent agir est celui du trajet domicile-travail et du télétravail. En encourageant et en facilitant le télétravail lorsque cela est possible, ils contribuent à réduire l’empreinte carbone de leurs activités tout en améliorant la qualité de vie au travail de leurs employés. De plus, en adoptant une politique de mobilité durable, ils peuvent réduire les coûts liés aux déplacements et renforcer leur attractivité en tant qu’employeur.

La transition vers des pratiques zéro papier constitue également un élément clé de la démarche RSE des cabinets d’expertise comptable. En favorisant la dématérialisation des processus administratifs, ils contribuent à préserver les ressources naturelles et à réduire leur impact environnemental, et cette transition peut également générer des économies de coûts substantielles à long terme.

Sur le plan financier, la mise en place de pratiques RSE présente aussi un intérêt significatif pour les experts comptables et les commissaires aux comptes. Par exemple, en remplaçant les gobelets jetables par des solutions en vrac ou réutilisables, ils peuvent réaliser des économies tout en réduisant leur production de déchets. De même, en adoptant une gouvernance plus inclusive et en garantissant l’équité salariale, ils renforcent leur attractivité et la fidélisation de leurs talents et ainsi contribuent à une amélioration continue de la marque employeur.

Enfin, l’inclusion est un principe fondamental de la RSE au sein des cabinets d’expertise comptable. En favorisant la diversité des profils et des parcours au sein de leurs équipes, en promouvant une culture d’ouverture et de respect, ils contribuent à créer un environnement de travail inclusif où chacun se sent valorisé et respecté. L’adoption d’une stratégie RSE permet souvent aux entreprises de recruter de jeunes talents et de fidéliser leurs troupes.

En embarquant leurs équipes dans cette démarche et en adoptant des pratiques responsables, les experts comptables et commissaires aux comptes peuvent non seulement contribuer à un impact positif sur la société et l’environnement, mais aussi renforcer leur attractivité en tant qu’employeur et améliorer leur performance globale.

“La prise de conscience et l’exemplarité sont des étapes essentielles dans la mise en œuvre de pratiques RSE au sein des cabinets.”

PORTRAIT

Laurent Bazin, associé d’un cabinet parisien de plus de 500 salariés, fondateur d’un cabinet situé dans la métropole lilloise de plus de 50 salariés.

Engagée dans une démarche RSE depuis sa création, il y a plus de vingt ans, la société s’est déclarée Entreprise à mission en juin 2021. C’est la première structure de conseil, d’expertise comptable et d’audit de plus de 50 salariés à s’engager dans cette démarche, avec pour raison d’être : « Mettre notre expertise au service d’une croissance responsable et en harmonie avec les acteurs du territoire ». Outre une incomparable singularité et une incontestable audace, trois lignes de conduite guident aujourd’hui les actions du cabinet dont il est fondateur : « Agir pour une croissance responsable ; aller plus loin dans la diversification et l’évolution de nos métiers tout en restant proches et à l’écoute de nos clients ; attirer et fidéliser les talents, permettre aux collaborateurs de progresser et se réaliser ».

Plonger dans la RSE avec conscience et détermination.

« La réglementation des questions sociétales et environnementales dans les entreprises n’est qu’un accélérateur. Les thématiques sont dans notre quotidien depuis longtemps, mais comme elles n’avaient pas encore de caractère obligatoire, il fallait une démarche volontariste pour s’y intéresser. Ce qui est certain, c’est qu’il ne faut pas voir ça comme une contrainte supplémentaire. Il faut s’attaquer à la question avec humilité et modestie, en ne culpabilisant pas parce qu’on ne s’est pas penché sur le sujet auparavant, mais en prenant conscience qu’il faut maintenant ne plus perdre de temps. Il faut certes y aller progressivement, mais avec détermination et maturité.»

Le faire pour nous, nos clients, nos collaborateurs…

« De la même façon qu’il ne faut pas voir la question de la RSE comme une contrainte au niveau personnel ou de notre entreprise, il ne faut pas regarder ça comme une charge dans nos missions. C’est au contraire une opportunité. D’autres l’ont dit avant moi, mais notre intérêt est de pouvoir proposer une offre globale à nos clients, avec lesquels nous avons souvent instauré une relation de confiance et de proximité, et d’être leur unique interlocuteur sur les questions financières et extra-financières. Ils ne comprendraient pas le contraire. Pas plus, du reste, que nos propres collaborateurs ne comprendraient qu’on ne se positionne pas sur ces questions que certains estiment essentielles, et de surcroît susceptibles de nous apporter des marchés. »

Sortir du greenwashing.

« Ma crainte est que l’on se focalise un peu trop sur les questions réglementaires. Or, l’enjeu va être de proposer une expertise dépassant ce seul cadre. Ce que les clients apprécieront, c’est que nous soyons en mesure de leur proposer de vrais diagnostics, pas des rapports où l’on a coché des cases parce qu’il fallait en cocher. Il faut à tout prix sortir de cette logique de greenwashing. Pour au contraire proposer une expertise qui donnera de la visibilité, de la lisibilité, de la comparabilité et de la transparence ».

ZOOM
Pourquoi une bonne gestion des questions RSE est primordiale ?

Laurent Bazin : « Pour savoir faire face à une évolution drastique de la réglementation (DPEF, CSRD, Taxonomie, comptabilité carbone…), mais aussi des enjeux vitaux pour les entreprises : attirer et fidéliser les talents, obtenir des financements et séduire des investisseurs, anticiper les risques et opportunités, se conformer, gagner des marchés, répondre aux attentes des citoyens, conserver sa réputation… »

PORTRAIT

Marie Lelieur, expert-comptable associée, dans un cabinet Lillois comptant 6 associés et 70 salariés.

« Notre pragmatisme fait qu’on ne peut plus négliger les enjeux de la durabilité »

Au carbone 14, Marie Lelieur date sa prise de conscience des enjeux RSE à quatre ou cinq ans. Mais elle est ensuite allée à vitesse grand V pour la team décarbonation. L’étape « zéro papier » a ainsi été franchie comme une lettre à la poste, et le cabinet a très vite mis en place une politique d’égalité hommes-femmes exigeante et novatrice.

Et puis, entre deux autres louables initiatives, comme la proposition de cours de yoga au personnel, par ailleurs gracieusement nourri au quotidien de paniers de fruits frais livrés au bureau, l’équipe dirigeante a fait le choix, audacieux, de changer la localisation de ses cabinets, implantés à Lille, Arras, Maubeuge… « Nous avons déménagé dans des locaux proches des gares. Certes, les loyers sont plus chers, mais non seulement cela nous a permis de faciliter nos recrutements auprès de jeunes collaborateurs, mais aussi de séduire des clients pour lesquels les démarches RSE-durabilité ont du sens », se félicite Marie Lelieur.

Alors oui, se lancer dans une démarche RSE grignote un peu la marge, mais au moins ces efforts permettent-ils de ne plus dévorer la planète et ses ressources. « Cela peut paraître contraignant, chronophage, et même cher, admet Marie Lelieur. Mais nous sommes une profession pragmatique par essence, et le pragmatisme fait aujourd’hui qu’on ne peut plus négliger les enjeux de la durabilité, que ce soit en tant que chefs d’entreprise ou en qualité d’experts appelés à mesurer les performances de nos clients sur ces questions. »

L'INTERVIEW

Amélie Fleury, expert-comptable et gérante d’un cabinet situé dans le Beauvaisis, comptant 2 associés et 13 salariés

« Chaque action accomplie, c’est un pas de plus vers le vertueux »

RSE, durabilité… Où en est votre prise de conscience des enjeux ?

« Nous vivons dans un espace défini, non extensible, et chaque génération doit pouvoir y vivre dans de bonnes conditions. Il est donc du devoir de chacun de veiller à la santé de notre planète en réfléchissant à sa manière de produire et de consommer. »

Qu’avez-vous déjà mis en application ?

« Nous avons commencé par des gestes simples : l’utilisation de gobelets réutilisables et de gourdes, tri des déchets, chauffage bloqué sur 19° et vigilance à éteindre les lumières. Nous avons installé des programmateurs sur les copieurs pour les mettre hors tension sur des périodes non travaillées. Nous avons à disposition une trottinette électrique. Nous avons acquis un véhicule hybride, et l’achat d’un autre véhicule 100% électrique est prévu. Pour les plus longs déplacements, nous promouvons le co-voiturage ou la visio ! »

Quelles sont les prochaines étapes ?

« Il est question d’investir dans un système de chauffage plus écologique et plus économique, de privilégier l’éclairage à faible consommation, ou encore de réaménager les locaux pour qu’ils soient davantage propices à l’épanouissement des salariés. Mais pas question d’envoyer tout le monde en télétravail ! L’être humain a besoin de relations sociales pour s’épanouir et grandir. Enfin, nous sommes en train de passer en full dématérialisation. Cela nécessite de disposer de serveurs plus énergivores, mais il n’y a actuellement pas de solution parfaite. Chaque action accomplie constitue un pas de plus vers le vertueux. »

L'INTERVIEW

Frédéric Tilly, expert-comptable et commissaire aux comptes dans un cabinet à Compiègne, comptant 3 associés et une vingtaine de salariés.

Comment le petit colibri est devenu un grand ambassadeur…

Vous connaissez la légende du petit colibri ? Non ? Alors, la voici : un jour, après un violent orage, il y eut un immense incendie dans la forêt. Les flammes se propagèrent très vite, ravageant tout sur leur passage. Les animaux, pétrifiés, assistaient impuissants au désastre. Tous, sauf un. Un petit Colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes d’eau avec son bec pour ensuite les jeter sur le feu. « Je fais ma part », répétait-il inlassablement aux autres animaux incrédules et immobiles, dont certains se gaussaient même qu’il puisse seul éteindre un tel incendie avec aussi peu d’eau…

De cette légende, est née une morale que des écologistes ont fait leur : plutôt que de ne rien faire face aux problèmes environnementaux, parce que l’on se sent impuissant, ou que l’on pense que la solution doit venir des autres, voire même qu’on se dit qu’il est déjà trop tard, chacun peut, à son échelle, voire à son rythme, agir en changeant ses habitudes. Et c’est grâce à la somme de ces petits efforts que l’on pourra espérer sauver la planète.

Frédéric Tilly fait ainsi partie de ces petits colibris qui, humbles mais conscients, s’efforcent de faire en sorte que l’on ne cède pas à nos enfants une planète exsangue de toute vie et surtout de tout espoir. Sa prise de conscience ? Elle remonte à six-sept ans et une conférence sur l’évolution de l’humanité à travers les âges. « Un choc, se souvient-il. Tout va vite dans nos vies. Alors peut-être que même les choses les plus évidentes, on a tendance à les mettre de côté, en se disant qu’on y songera un autre jour, car on n’a pas le temps, voire l’envie. Sauf que là, on vous présente une chronologie effrayante, et des perspectives qui le sont encore plus, et pas dans des délais qui nous permettent de continuer à tergiverser et de remettre au lendemain ! »

Alors, d’abord dans l’intimité familiale, puis au bureau, a-t-il commencé à changer ses habitudes, en bannissant le plastique, en chassant le gaspillage énergétique, en triant les déchets… De « petits » gestes, selon lui, mais une grande satisfaction.

“À quoi ça sert de chercher à prospérer si c’est en le faisant au détriment de la planète ?”

L’expert comptable a aussi participé à trois Fresques du Climat à titre personnel et en a programmé une au cabinet. Durant ces rencontres, les participants reconstituent les liens de cause à effet des changements climatiques, et explorent ensuite les actions à entreprendre dans le cadre personnel et professionnel. Ambition de Frédéric Tilly : faire en sorte que le cabinet devienne un nichoir à colibris, et que les expérimentations positives s’y propagent !

Frédéric Tilly aborde ainsi sereinement l’évolution de sa profession, appelée à intervenir sur des questions RSE-durabilité qu’il ne faut plus selon lui négliger, et sur lesquelles il est même urgent de cesser de procrastiner.

“Demain, nous devons être sur ces thématiques des interlocuteurs incontournables, comme nous le sommes sur les questions financières et fiscales. On doit même servir d’exemples !”

Le petit colibri est devenu grand !

L'INTERVIEW

Marjorie Husson, expert-comptable et gérante d’un cabinet situé à Amiens comptant 6 salariés.

Quelles initiatives avez-vous mises en place au sein de votre cabinet ?

“Les collaborateurs n’ont pas tous les mêmes horaires. Je me suis adaptée à eux, à leurs besoins spécifiques dans l’objectif de faciliter l’équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle. En ce qui concerne le télétravail, nous y avons recours au sein du cabinet mais il n’est pas imposé ni automatique. Les collaborateurs peuvent le demander à raison d’un jour par semaine en fonction de leurs besoins. Nous organisons également des événements festifs et sportifs. Nous sommes 7 collaborateurs au sein de mon cabinet, mais nous partageons les mêmes locaux avec mon mari et ses 15 collaborateurs. Nous ne partageons pas qu’un lieu, tous les événements que nous organisons rassemblent tous nos collaborateurs. Lors des repas de Noël pour lesquels nous proposons des spectacles ou encore pour le repas de fin d’année fiscale.
Afin de créer cette cohésion entre nos équipes, nous participons également à des défis sportifs comme par exemple la course Jules Verne qui a lieu à Amiens chaque année ou des tournois de foot en interne.”

En termes de protection de l’environnement…

Nos locaux sont situés à Amiens Sud, sur la Vallée des Vignes. C’est un endroit très bien desservi en matière de transport en commun permettant ainsi aux salariés d’utiliser le bus pour se rendre au travail. Nous sommes également en train de mettre en place une dématérialisation progressive, grâce à un changement de logiciel. La prochaine étape ? Faire appel à une entreprise de récupération de papier pour le recycler.

Corinne Renart, présidente du conseil régional de l’Ordre des experts-comptables des Hauts-de-France :
« LA RSE, CE N’EST PAS QU’UNE QUESTION D’ENVIRONNEMENT »

Demandez à un interlocuteur de définir l’acronyme RSE. « La responsabilité sociale et environnementale des entreprises ? », vous répondront encore certains. On n’est certes pas loin du compte, mais RSE signifie bel et bien responsabilité sociétale des entreprises. Il n’est donc pas question uniquement d’environnement !

Autre acronyme, encore plus explicite : l’ESG, pour Environnement, Social et Gouvernance. Au-delà des aspects climatiques, plusieurs autres normes et critères sont ainsi pris en compte pour évaluer la performance et les impacts des entreprises et des organisations.

Social (respect des droits de l’homme fondamentaux, santé et sécurité au travail, relations de travail…).

Gouvernance (pratiques anti-corruption, éthique des affaires, droits des actionnaires et des parties prenantes, transparence et reporting…).

Diversité et inclusion (encourage la diversité des genres, des origines ethniques et culturelles, et l’inclusion au sein des entreprises pour promouvoir l’équité et l’innovation).

Impact sur la communauté et engagement sociétal (engagement communautaire, mécénat, initiatives de responsabilité sociale d’entreprise).

Protection des données et vie privée (sécurité des données et protection de la vie privée, un sujet brûlant, en particulier avec l’essor du numérique et la réglementation croissante dans ce domaine).

« Et là encore, qui de mieux que l’expert-comptable et le commissaire aux comptes pour aider les dirigeants à rédiger le rapport de durabilité car nous connaissons mieux que quiconque l’entreprise et son fonctionnement ».