Le rôle de l’expert-comptable est essentiel dans l’accompagnement des entreprises en difficulté. Ce dossier a pour objectif de traiter et d’apporter un éclairage transversal et opérationnel sur le volet de la prévention des difficultés. Tout d’abord, sur la situation régionale des entreprises qui, après avoir affronté les périodes difficiles de la crise sanitaire, se trouvent pour certaines plongées dans une crise énergétique et inflationniste. Ensuite, sur l’accompagnement des acteurs régionaux, disponibles et complémentaires, qui peuvent intervenir de manière rapide et sécurisée. Face aux enjeux de transition, quel est le rôle de l’expert-comptable ? Quels sont les acteurs régionaux ? Quelles sont les étapes dites préventives ? Quelles sont les solutions de financement proposées ?
La facture électronique s’impose comme une réforme structurante pour l’ensemble du tissu économique français. À compter de septembre 2026, tous les assujettis à la TVA établis en France devront être en mesure de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée, avant d’être progressivement soumis à l’obligation d’émission à partir de septembre 2027. Cette évolution s’inscrit dans la continuité des politiques publiques visant à simplifier les échanges, fiabiliser les données et renforcer la transparence fiscale.
Bien au-delà d’une simple adaptation technique, la facture électronique transforme en profondeur les pratiques des entreprises. Elle repose sur l’utilisation de formats normés (Factur-X, UBL, CII), la transmission sécurisée des factures entre plateformes agréées, ainsi que le suivi en temps réel des statuts de traitement. Elle s’accompagne également d’obligations déclaratives complémentaires, notamment pour les opérations BtoB internationales et BtoC. Les bénéfices attendus sont nombreux : réduction des erreurs et des litiges, gain de temps grâce à l’automatisation, amélioration du suivi des paiements et archivage sécurisé et centralisé des factures.
Face à cette réforme, l’anticipation apparaît comme un facteur clé de réussite. Le déploiement de la facture électronique nécessite une préparation progressive, jalonnée d’étapes précises : information sur la réforme, analyse des processus existants, choix d’une plateforme agréée adaptée à l’activité, mise en œuvre opérationnelle et tests avant l’échéance réglementaire. Le respect de ce calendrier permet aux entreprises d’aborder la réforme de manière sereine et sécurisée.
Dans ce contexte, l’expert-comptable occupe une place centrale. Véritable tiers de confiance, il accompagne les entreprises dans la mise en conformité, le choix des outils et l’automatisation de la gestion des factures. Son intervention permet de s’assurer de la compatibilité des logiciels de facturation ou de caisse, de sécuriser les flux et, le cas échéant, de prendre en charge certaines tâches administratives liées à la facturation, au paiement ou au suivi des statuts. Cette réforme constitue ainsi une opportunité de renforcer le rôle de conseil de l’expert-comptable et de développer des missions à plus forte valeur ajoutée.
La facture électronique doit être envisagée comme un levier de modernisation durable. En structurant les échanges et en fiabilisant la donnée, elle prépare les entreprises aux évolutions futures, notamment en matière de pilotage et de déclarations préremplies. Sa réussite repose sur une mobilisation collective, une anticipation méthodique et un accompagnement adapté aux besoins de chaque entreprise.
Le dernier baromètre sur la facture électronique réalisé par OpinionWay pour l’Ordre des experts-comptables montre que 22 % des entreprises ne connaissent toujours pas la réforme et que nombre d’entre elles en sous-estiment les implications concrètes. Le Conseil national de l’Ordre a initié une campagne nationale d’envergure et réaffirme son engagement au service des entreprises et sa volonté de rendre lisibles des transformations complexes, en s’appuyant notamment sur la plateforme MaFacture-MonExpert.fr, conçue pour éclairer les dirigeants sur la mise en œuvre de la facturation électronique. Ce dispositif pédagogique leur permet de mieux comprendre la réforme et ses enjeux concrets, d’évaluer leurs besoins grâce à un diagnostic personnalisé et de trouver, si l’entreprise n’est pas encore accompagnée, leur expert-comptable pour préparer sereinement cette transition.
À l’approche de l’échéance de septembre 2026, la facturation électronique s’impose comme l’un des chantiers numériques majeurs pour les experts-comptables. Bien au-delà d’une simple évolution réglementaire ou technique, cette réforme questionne en profondeur l’organisation des cabinets, leur relation avec les clients et plus largement, leur positionnement stratégique dans l’écosystème économique.
C’est dans ce contexte que le Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables Hauts-de-France, via sa commission Innovation & Performance numérique, a organisé un temps d’échanges en janvier 2026 avec plusieurs partenaires de la profession : Agiris, Cegid, Pennylane ainsi que Kolecto, filiale du Crédit Agricole. Animée par Boris LELAURE, Vice-président du Conseil régional de l’Ordre en charge de cette commission, la réunion avait pour objectif de faire un point d’étape sur l’état d’avancement de la facturation électronique et d’en mesurer les impacts concrets pour la profession.
Du point de vue des éditeurs, la réforme est entrée dans une phase plus opérationnelle. Les Plateformes (PA) obtiennent progressivement leurs agréments – plus d’une centaine à ce jour – au prix d’un important travail technique et juridique. Pour autant, tous s’accordent sur un point : l’obtention de l’agrément n’est qu’une étape, et non une fin en soi. Des zones d’ombre subsistent, notamment sur certains volets comme l’e-reporting, obligeant les acteurs à avancer avec prudence et à composer avec des règles encore en cours de stabilisation par l’administration fiscale. La première phase de tests, entre les plateformes et le concentrateur (PPF) a été menée de mi-octobre à mi-janvier, avec succès. Désormais, le train des mandats numériques (notamment dans les Hauts-de-France) est clairement en marche et c’est rassurant. La phase de « grand pilote » doit commencer fin février avec l’ensemble des acteurs concernés. Un constat partagé ressort des échanges : aucun acteur ne peut aujourd’hui se prévaloir d’une avance décisive. Après une phase initiale où beaucoup affichaient une grande confiance, le marché est désormais dans un temps de recul, de re-benchmark et de confrontation des modèles. Cette dynamique a mis en lumière une réalité : la multiplicité des solutions disponibles complexifie le choix des outils, tant pour les cabinets que pour leurs clients.
Ce temps d’échanges fut avant tout un moment constructif et convivial. Il démontre bien que les éditeurs sont avant tout des partenaires de la profession. L’objectif est d’avancer ensemble, de parler ouvertement des attentes, des besoins mais aussi des difficultés et des problématiques posées par toutes les parties prenantes afin de trouver des solutions satisfaisantes pour tous.
Boris LELAURE – Vice-Président du Conseil régional de l’Ordre
Si les éditeurs se montrent globalement confiants sur la capacité technique des solutions à fonctionner, les inquiétudes se concentrent davantage sur la dimension humaine et organisationnelle. Comment accompagner des entreprises encore peu digitalisées, parfois très éloignées des standards attendus ? Comment expliquer simplement une réforme perçue comme complexe, sans générer d’anxiété inutile ? Les retours d’expérience étrangers, notamment en Belgique, au Portugal ou en Italie, sont jugés rassurants sur le plan technique. Mais la France a fait le choix d’un modèle plus fragmenté, avec une pluralité de plateformes, ce qui renforce le besoin d’accompagnement et de pédagogie. Dans ce contexte, l’expert-comptable apparaît plus que jamais comme un tiers de confiance, capable de traduire la réforme en solutions concrètes et adaptées aux cas d’usage de chaque entreprise.
Les cabinets qui rechigneraient à accompagner activement leurs clients prennent des risques.
Le dossier, pour lequel nous ne serions pas en mesure de récupérer les flux entrants deviendrait vite ingérable. Certes, il ne faut pas dire au client de changer d’outil, mais il convient de lui indiquer si celui-ci n’est pas compatible. Bien entendu, pour les dossiers de tenue, la PA du cabinet sera en mesure de traiter les factures d’achats directement. Les cabinets devront donc choisir une solution comptable (SC) adaptée à leurs clients. Ce n’est pas une révolution, mais une transformation profonde de nos pratiques, au même titre que la mise en place de la récupération automatisée des relevés bancaires, que l’on utilise depuis une vingtaine d’années. Remarque importante, les plateformes n’ont pas l’obligation de transmettre les flux à l’expert-comptable. Par conséquent, un client qui aurait choisi une plateforme autre que celle proposée par son expert-comptable, devra être en mesure de lui transférer les flux. Attention donc à bien veiller à ce que la plateforme du client communique avec l’outil de production, sinon retour à la saisie ! Conclusion, il est impératif de ne pas rater les 3 étapes cruciales, que sont : le choix de la plateforme, la signature du mandat client et l’inscription à l’annuaire pour connecter officiellement le client.
Au fil des échanges, un message fort s’est imposé : la facturation électronique ne doit pas être réduite à une simple « tuyauterie » entre logiciels. Elle constitue un levier de transformation profonde pour les cabinets. Gain de temps, accès à la donnée en temps réel, fiabilisation des flux, nouvelles possibilités d’analyse et de conseil : les opportunités sont nombreuses. Encore faut-il les anticiper. Nos partenaires ont insisté sur la nécessité, pour les cabinets, de repenser leurs missions, leur organisation interne et leur modèle économique. De nouvelles prestations à forte valeur ajoutée peuvent émerger, notamment autour de l’accompagnement des clients, du pilotage en temps réel ou encore de l’exploitation intelligente des données. À l’inverse, un manque d’anticipation pourrait fragiliser le rôle de conseil de l’expert-comptable, au profit d’autres acteurs de l’écosystème. Par exemple, une nouvelle mission qui pourrait être confiée à l’expert-comptable est la gestion du règlement des factures fournisseurs et des relances clients. Une aberration ? Pas du tout ! Nous le faisons déjà pour les prélèvements obligatoires, pourquoi pas les factures ? La facture électronique devrait conduire à fluidifier l’élaboration de tableaux de bord, en les automatisant davantage et en les fiabilisant grâce à la récupération exhaustive des factures d’achat, à l’aide d’outils « IA » mis à notre disposition. Notons au passage qu’il a été évoqué lors de la réunion que la réforme suivante serait le pré-remplissage des déclarations de TVA.
L’expert-comptable ne doit pas se focaliser sur les aspects purement techniques. En détaillant (trop) le fonctionnement de la facture électronique, il risque de ne pas être entendu par ses clients. Il ne doit pas non plus présenter la facture électronique comme un coût supplémentaire, mais comme une réelle opportunité. Cette communication commence en interne. Les collaborateurs doivent porter son déploiement car ils sont les mieux placés pour diagnostiquer les besoins de chaque client. Toute la difficulté consiste à apporter un conseil personnalisé. Réaliser une cartographie de clientèle, permettra de repérer dans un premier temps les dossiers à traiter en urgence : les clients non dotés d’un outil de facturation moderne et / ou de logiciels de comptabilité obsolètes. Erreur commise lors de l’instauration de la DSN, il ne faut pas vendre la facture électronique comme une économie financière potentielle, mais plutôt comme une valeur ajoutée pour la gestion de l’entreprise.
La période préparatoire qui s’achève doit permettre de mettre en place les outils qui seront compatibles pleinement avec la facture électronique. La période de tests d’échanges qui débutera bientôt devrait permettre rapidement de montrer que les flux partent et arrivent correctement. Bien entendu, des problèmes techniques devraient être rencontrés, surtout lorsque les premières obligations seront en place. A ce titre, certains éditeurs s’attendent à des échanges vifs avec les experts-comptables, lors du prochain congrès à Paris en septembre prochain ! Passée cette période de tension, les partenaires de la profession sont unanimes pour affirmer que la transmission, le traitement et la gestion des flux seront grandement simplifiés.
Lorsque l’on demande aux éditeurs comment récupérer ses flux lorsque l’on change de plateforme, ils nous indiquent que la portabilité est prévue par le « Data Act » (cf. encart) qui prévoit que le client est propriétaire de ses données et doit pouvoir les récupérer sans frais supplémentaires lorsqu’il change de prestataire. A voir en pratique ! Par ailleurs, certains clients pourraient penser ne pas être concernés par la facture électronique : il s’agit des entités qui sont assujetties mais exonérées de TVA. On pense au secteur médical ou associatif qui devront donc être en mesure de recevoir des factures électroniques… dès septembre !
En conclusion, cette réunion a mis en évidence une certitude : la facturation électronique est un marathon plus qu’un sprint. Si la dimension technique progresse, les véritables enjeux se situent désormais sur le terrain de l’humain, de l’organisation et de la stratégie. La réussite de cette réforme reposera sur la capacité collective des institutions, des éditeurs et des cabinets à accompagner les entreprises, à sécuriser les pratiques et à transformer cette contrainte réglementaire en opportunité durable pour la profession.
Le Data Act est un règlement européen (UE 2023/2854) dont l’objectif est de libérer le potentiel des données industrielles pour stimuler l’innovation et la croissance économique en Europe tout en garantissant un accès et une utilisation équitables dans tous les secteurs. Ce règlement a été adopté le 13 décembre 2023 et applicable depuis le 12 septembre 2025. Le Data Act est un texte trans-sectoriel, c’est-à-dire qu’il énonce des principes qui s’appliquent horizontalement, peu importe le secteur ou l’objet des données concernées. Il prévoit essentiellement des règles pour un accès équitable aux données en précisant qui dispose du droit d’utiliser les données relatives aux produits connectés (IoT) et services connexes, dans quelles conditions, sur quel fondement. Le règlement prévoit également un cadre facilitant le changement de service de traitement de données (service cloud) ainsi que des règles favorisant une interopérabilité efficace des données.
Source : Légifrance
Les éditeurs présents à la réunion d’échanges
Thibaut CONVAIN – Agiris
Delphine HENNUYER – Crédit Agricole Nord de France
Alex LEVASSEUR – Cegid
Johann PERHIRIN – Kolecto
Julie VERLASSEN – Pennylane
Les éditeurs contributeurs post-réunion
Eric CHOTEAU-LAURENT – ACD
Jérôme TREYER – Alliances Informatique
Mustapha ATTAF, Isabelle MICHAUD et Philippe MONDIEIG – Sage
Merci à tous pour vos contributions constructives et éclairantes !
Et merci également à Philippe DUPORTAIL, expert-comptable et Président de l’Union Locale de Dunkerque pour sa contribution riche et percutante.
En quoi est-ce important pour le conseil régional de l’Ordre d’inviter les éditeurs à échanger sur le sujet de la facture électronique ?
Aujourd’hui, les experts-comptables sont dans l’expectative, ne maitrisant pas complètement le déploiement de la facture électronique. La profession travaille en étroite collaboration avec les éditeurs, c’est donc tout naturellement vers eux que nous nous tournons pour avoir des réponses concrètes à nos préoccupations. Comment avance la technique ? Comment vont se déployer les outils ? Comment « vendre » la facture électronique à nos équipes et nos clients ?
Pour exemple, comment préparez-vous la réforme au sein de votre cabinet ?
Au cours des 6 derniers mois, nous nous sommes efforcés de doter nos clients d’outils de facturation compatibles avec la Factur-X. Il reste quelques résistants, mais nous avons bon espoir de les convaincre d’ici septembre 2027, sachant que nous proposons 4 solutions différentes.
Pour les dossiers de tenue classique, je ne suis pas inquiet car nous avons automatisé les traitements de flux depuis longtemps. Pour les dossiers de révision, certains clients utilisent des outils de production sur-mesure qui ne passeront pas. Nous avons attiré leur attention sur le fait qu’ils ne pourraient plus recevoir certaines factures fournisseurs dès septembre prochain. Nous sommes vigilants sur ce point et suivons de près leurs travaux de modernisation. Finalement, la meilleure façon de communiquer est de positiver. La facture électronique permet de gérer tous les flux via une seule et même interface, qui devient un tableau de gestion dynamique pour le dirigeant, sur lequel, j’en suis persuadé, il se connectera quotidiennement pour piloter son entreprise.
Que retenez-vous de ce temps d’échanges ?
Ce fut avant tout un moment constructif et convivial. Il démontre bien que les éditeurs sont avant tout des partenaires de la profession. L’objectif est d’avancer ensemble, de parler ouvertement des attentes, des besoins mais aussi des difficultés et des problématiques posées par toutes les parties prenantes afin de trouver des solutions satisfaisantes pour tous. Cet échange est une première étape dans le déploiement de la facture électronique. Nous poursuivrons les actions comme celle-ci jusqu’au déploiement opérationnel.
Quelle est la vision actuelle de finances publiques sur le rôle exact de l’expert-comptable dans le dispositif de facturation électronique ?
La réforme de la facturation électronique est un chantier structurant visant à faire entrer les entreprises dans l’ère numérique et leur permettre de bénéficier de tous les avantages liés à la dématérialisation des process, en conformité avec le cadre défini à l’échelle de l’union européenne (directive VIDA). Cette réforme majeure s’est mise en place dans une démarche de co-construction associant la DGFiP à l’ensemble de l’écosystème des entreprises. Parmi nos partenaires, l’expert -comptable par sa proximité avec les entreprises, occupe naturellement une place essentielle dans l’accompagnement du déploiement de la réforme. Il est le mieux placé pour relayer auprès de ses clients notre message mais aussi pour étudier avec eux les modalités techniques voire organisationnelles leur permettant de choisir la (les) plateforme(s) agréée(s) ou la solution compatible la plus adaptée à leur situation.
Comment les finances publiques comptent-t-elles associer les experts-comptables aux ajustements futurs du dispositif ?
Le dispositif a connu des ajustements ces derniers mois afin que les exigences réglementaires soient au plus proche de la réalité des flux et des pratiques des entreprises. La DGFiP a fait ces choix après une importante concertation de ce que l’on appelle l’écosystème de la facturation électronique (i.e. les plateformes et les offreurs de solutions informatiques, les organisations représentatives et les entreprises, ainsi que les experts-comptables). Le déploiement de la réforme est proche et la DGFiP veille avec attention aux alertes qui peuvent être remontées par les parties prenantes. Si de nouveaux ajustements s’avéraient nécessaires, ils seront, comme ce fut le cas jusqu’à présent, le fruit d’une concertation étroite à laquelle les experts-comptables seraient évidemment associés.
Est-ce que les entreprises du secteur public concernaient par la facture électronique sont prêtes ?
Dans le secteur public, le cadre de la facturation électronique existe depuis 2017. Depuis cette date, les factures adressées par des fournisseurs (titulaires et sous-traitants de contrats conclus avec l’administration) à des organismes publics (services de l’État, opérateurs publics, collectivités territoriales…) doivent être transmises par voie dématérialisée via la plateforme Chorus Pro. Afin de capitaliser sur ce cadre existant, il a été décidé de faire de Chorus Pro la plateforme d’émission des FE des administrations et organismes publics assujettis vers leurs clients, en complément de son rôle actuel de réception des factures qu’elle conserve.
Ainsi, à partir de septembre 2026, les entreprises fournisseurs du secteur public pourront transmettre leurs factures selon deux modalités :
Comme pour les entreprises, un dispositif d’accompagnement est mis en œuvre par la DGFiP à destination des entités publiques pour les aider à se préparer au passage à la facturation électronique.
Quel message souhaitez-vous que les experts-comptables relaient aujourd’hui aux entreprises ?
À quelques mois du 1er septembre , date à partir de laquelle toutes les entreprises devront avoir choisi une plateforme agréée afin d’être en mesure de recevoir les factures électroniques émises par les grandes entreprises et les ETI qui entrent elles dans tous les volets de la réforme dès cette date et devront donc émettre des FE, l’expert-comptable par sa connaissance fine des besoins de l’entreprise est l’un des partenaires le mieux placé pour assurer un rôle d’accompagnement, de conseil du chef d’entreprise sur ce point. En effet, parmi toutes les offres du marché, le chef d’entreprise peut avoir besoin d’être guidé dans son choix. D’ici le 1er septembre prochain, il est impératif que toutes les entreprises concernées par la réforme aient formalisé leur choix de plateforme agréée, directement ou par un mandat accordé à un tiers de confiance qui est souvent l’expert-comptable. Aussi, le message aux entreprises pourrait être celui-ci : pour être prêt au 1er septembre 2026, les choix se font maintenant, vos experts-comptables sont là pour vous conseiller, orienter et vous proposer des solutions.
L’année 2025 est considérée comme une année noire en France en matière de cyberattaques :
348 000 atteintes numériques recensées par le ministère de l’Intérieur, soit +74 % en 5 ans, preuve d’une industrialisation de la cybercriminalité,
+15 % de cyberattaques en un an, avec environ 3 000 signalements et 1 300 incidents traités selon l’ANSSI,
67 % des entreprises françaises déclarent avoir subi au moins une cyberattaque récente,
Le phishing représente environ 60 % des vecteurs d’attaque, devant l’exploitation de failles représentant 47 % et les attaques par déni de service représentant 41 %,
11,4 millions de comptes compromis en seulement un trimestre, plaçant la France parmi les pays les plus touchés au monde par les fuites de données,
Jusqu’à 74 % des entreprises françaises déclarent avoir subi un ransomware.
Je ne suis pas une cible intéressante
Faux : les cyberattaques sont très souvent automatisées et c’est la faiblesse du système qui est davantage le facteur permettant sa réussite. Les pirates cherchent le volume, pas forcément la valeur individuelle.
Un bon antivirus suffit à me protéger
Faux : la majorité des attaques passent par l’humain (phising ou fraude au président notamment).
Les hackers sont des génies en hoodie noir
Faux : il n’est pas nécessaire d’être un expert pour réaliser des cyberattaques, il existe des kits prêts à l’emploi que n’importe qui peut utiliser notamment lorsqu’il s’agit d’attaques par déni d’accès.
Les PME ne sont pas ciblées, ce sont surtout les grands groupes
Faux : en 2025, les cyberattaques sur des entreprises ont visé à 90% des PME.
La cybersécurité, c’est une question informatique
Faux : la cybersécurité commence par une organisation dédiée : des sauvegardes régulières, une connaissance par tous des procédures de base en cas d’attaque informatique et l’octroi de privilèges administrateurs et utilisateurs à bon escient.
Hervé DEMONCHEAUX, Responsable de la division de l’expertise et de l’action économiques à la DRFiP des Hauts-de-France et Officier de réserve de la gendarmerie nationale dans le domaine cyber
Comment le CSIRT accompagne les entreprises face aux cybermenaces ?
Les CSIRT (Computer Security Incident Response Teams) opèrent des équipes spécialisées dans la prévention, la détection, l’analyse et la gestion des incidents de cybersécurité. Celui des Hauts-de-France est joignable au 0806700111, hot line h24. Il répond aux incidents cyber, met en relation avec des partenaires qualifiés, facilite les relations avec les partenaires publics et fournit assistance et conseils sur l’évaluation des risques et de la conformité.
Quel message donneriez-vous aux experts-comptables et aux entreprises pour se protéger et éviter toute intrusion ?
Tout d’abord, désigner un responsable des systèmes d’information, qui aura la responsabilité d’assurer sa robustesse. Ensuite, documenter les procédures : qui alerte, décide et communique. Enfin, assurer l’information de la chaîne de valeur en cas d’attaque avec dommages. Et enfin, une formation régulière et répétée dans le temps favorise l’appropriation des bonnes pratiques par les salariés.
Eric FLAMENCOURT, expert-comptable et membre de la commission Innovation & Performance numérique
En quoi la cybersécurité est-elle aujourd’hui un enjeu stratégique pour les cabinets d’expertise comptable ?
La cybersécurité est devenue centrale avec la généralisation de la dématérialisation. Les échanges et flux comptables sont désormais quasi exclusivement numériques et l’arrivée de la facture électronique va accentuer cette évolution. Toutes les transactions avec les clients passent aujourd’hui par des outils digitaux, ce qui accroît fortement l’exposition aux cyberattaques. Les cabinets manipulent des données sensibles, notamment des RIB, ce qui en fait des cibles privilégiées. Certaines attaques sont très discrètes : modification de coordonnées bancaires, interception et altération de factures, détournement de paiements de TVA… Ces piratages ne bloquent pas les systèmes mais modifient les données, ce qui les rend difficiles à détecter.
Quelles sont les cybermenaces les plus fréquentes observées dans les cabinets aujourd’hui ?
Les fraudes liées aux RIB et aux paiements (TVA, Urssaf, etc.) sont parmi les plus courantes. Dès qu’un paiement intervient, une faille potentielle apparaît. Les cabinets détiennent par ailleurs un volume important de données financières, très attractif pour les cybercriminels. La majorité des attaques passent par l’e-mail : phishing, usurpation d’identité, demandes urgentes ou pièces jointes frauduleuses. Avec un volume élevé d’e-mails quotidiens, la vigilance est difficile à maintenir. L’usage d’espaces clients sécurisés est donc fortement recommandé pour limiter les risques liés aux échanges par messagerie.
Quels sont les mesures et les outils à disposition des experts-comptables pour se prémunir contre ces cybermenaces, aussi bien pour leur propre cabinet que pour les entreprises qu’ils accompagnent ?
Il existe plusieurs outils à disposition. Tout d’abord, le coffre-fort numérique qui permet de centraliser en un endroit tous les documents utiles de façon dématérialisée. Ensuite, l’utilisation d’un gestionnaire de mots de passe est essentielle pour garantir des mots de passe longs et complexes, aujourd’hui indispensables face aux capacités de mise en échec des protections par mot de passe. Les antivirus et solutions anti-spam doivent également être correctement paramétrés et renforcés. La formation des collaborateurs est un levier clé, encore trop peu exploitée. Des rappels réguliers des bonnes pratiques sont nécessaires. Des outils pédagogiques comme les campagnes de faux e-mails frauduleux permettent de développer les bons réflexes et d’identifier les besoins de formation individuels.
Si vous deviez donner un seul conseil prioritaire à un expert-comptable en matière de cybersécurité, lequel serait-il ?
Il ne faut surtout pas négliger le sujet. S’appuyer sur des partenaires compétents est essentiel, mais un suivi régulier des outils (mises à jour, contrôles, sauvegardes) est indispensable. Les sauvegardes doivent être fréquentes, testées et fiables, car elles restent le meilleur moyen de rebondir après une attaque. Enfin, la gestion des accès est un point de vigilance majeur, notamment lors des départs de collaborateurs, afin d’éviter que des accès ou mots de passe non révoqués ne compromettent la sécurité du cabinet.
Éric FLAMENCOURT
10, rue de Tenremonde – 59000 Lille
03 20 15 80 80